dimanche , 9 décembre 2018
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L’efficacité énergétique dans le bâtiment vue par l’AMEE

L’efficacité énergétique dans le bâtiment vue par l’AMEE

Au Maroc, le secteur du bâtiment possède le plus fort potentiel d’amélioration de l’efficacité énergétique avec 30 %. C’est dans ce sens que l’efficacité énergétique trouve tout son pesant d’or car capable de changer écologiquement la donne énergétique dans le bâtiment. L’équipe rédactionnelle de CFC Mag est partie à la rencontre de Madame Salama Jaouhari Chargée de Mission experte en veille technologique, à l’Agence Marocaine pour l’Efficacité Energétique(AMEE) pour en savoir davantage. Les détails…

CFC Mag: Quel est le rôle de l’AMEE en matière d’efficacité énergétique dans le bâtiment au Maroc?

Salama Jaouhari: Au Maroc la consommation annuelle en énergie (toutes sources confondues) est de 0,5 équivalent pétrole par habitant, elle augmente de 4,3 % chaque année. La politique d’efficacité énergétique du Royaume visant la réduction de la consommation énergétique de 12 % à l’horizon 2020 notamment dans les secteurs clés à savoir le bâtiment , l’industrie et le transport s’est concrétisée par l’adoption de la loi 47-09 et publiée au Bulletin Officiel n° 6306 en date du 06 Novembre 2014.

Dans cette perspective et afin d’instaurer un cadre réglementaire et normatif régissant la performance énergétique dans le bâtiment, l’AMEE, à travers le programme national d’efficacité énergétique dans le bâtiment avec l’appui du PNUD et en concertation avec les partenaires potentiels du secteur en question a élaboré, une réglementation thermique de la construction au Maroc RTCM.

L’AMEE travaille actuellement avec les pouvoirs publics et plusieurs partenaires à l’international à lancer plusieurs programmes à destination des secteurs énergivores tels que le bâtiment qui représente à lui seul 30% de la consommation énergétique finale.

Dans la loi n° 39-16 relative à la création de l’AMEE, l’agence a pour mission de mettre en valeur les plans d’actions de politiques gouvernementales en matière d’efficacité énergétique. Dans ce cadre elle est chargée de proposer à l’administration un plan national et des plans sectoriels et régionaux de développement d’efficacité énergétique, de concevoir et réaliser des plans d’efficacité énergétique et de suivre, coordonner et superviser au niveau national les audits. Il est aussi de sa mission d’assurer la veille et l’adaptation des équipements technologiques dans le domaine d’efficacité énergétique notamment par la réalisation de projets pilote à caractère d’illustration, de démonstration ou d’incitation et la liste n’est pas exhaustive.

CFC Mag: Pourriez-vous nous présenter les principaux outils pour l’efficacité énergétique active dans les bâtiments résidentiels et tertiaires?

SJ: Il existe plusieurs outils pour l’efficacité énergétique dans le bâtiment. Parmi eux, on ne peut manquer d’en citer quelques un tels que le RTCM qui constitue un document de base pouvant être incorporé dès aujourd’hui dans les cahiers des charges des projets de construction, extension ou rénovation des bâ- timents. C’est un outil d’aide à l’optimisation thermique et énergétique de l’enveloppe du bâtiment, intervenant au stade de la conception. Elle peut servir aussi comme outil de diagnostic des bâtiments existants en offrant un référentiel du niveau d’isolation thermique acceptable. Ensuite, le logiciel de simulation pourrait être utilisé pour évaluer les besoins annuels spécifiques de chauffage et de climatisation des bâtiments et les comparer par rapport à cette référence. Bien entendu, tous les acteurs dans le domaine de la construction devraient être formés à l’application de la RTCM. En effet, la démonstration et l’information sur la facilité et la flexibilité de l’application de ses dispositions restent indispensables pour convaincre de son intérêt. Une action judicieuse dans ce sens permettra d’atteindre rapidement les économies d’énergie escomptées dans le secteur du bâtiment.

Par ailleurs, nous pouvons également citer le premier logiciel diagnostic de performance énergétique, et de contrôle de la conformité à la Réglementation Thermique dans le Bâtiment au Maroc : BINAYAT. En effet, dé- veloppé par l’ADEREE (ancêtreAMEE) ce logiciel permet de renforcer la capacité des organes de contrôle à l’application de la Ré- glementation Thermique, dans ses deux volets actif et passif, de simplifier et de vulgariser l’application sur le terrain des décrets d’application relatifs à la RTCM. Il fournit ainsi un outil simple et ergonomique, d’utilisation agréable, à destination des acteurs de l’enseignement supé- rieur (R&D), les bureaux d’études, les bureaux de contrôle qui sont amenés à réaliser des diagnostics de performance énergétique dans le bâtiment.

Au niveau des équipements actifs, le manuel technique de l’éclairage est un guide qui vise à offrir une aide à la conception et au choix de l’installation d’éclairage. Il aborde notamment les aspects relatifs aux technologies d’éclairage efficaces existantes, au choix des équipements, leur dimensionnement et leur gestion. Ce guide présente également d’une façon simple et pratique, les outils d’aide à la décision pour le choix des systèmes d’éclairage dans le résidentiel et le tertiaire, ainsi que pour la mise à niveau des installations existantes. Il est à noter par exemple que l’adoption des lampes à basse consommation/LED permet une réduction de la consommation allant jusqu’à 30% par rapport aux lampes classiques. L’installation des détecteurs de présence permet quant à elle une réduction de 25% à 75% selon l’usage du bâtiment.

CFC Mag: Comment favoriser l’appropriation de ces outils par exemple la RTCM, par les professionnels du bâtiment?

SJ: L’enjeu est de taille car au-delà des outils et des plans, il faut aussi mieux informer les professionnels, par un ensemble d’actions de communication pour favoriser l’appropriation de cet outil. L’AMEE ainsi a réalisé plusieurs sessions de sensibilisation et de formation destinées à ses partenaires (ordre des architectes, promoteurs immobiliers, bureaux d’études..).

Il faut comprendre que la question d’efficacité en générale et la RTCM en particulier n’auront de sens que si l’on donne les moyens aux professionnels du bâtiment de choisir les bonnes solutions en fonction de leurs besoins et de leurs ressources. Donc l’effort de communication et de sensibilisation doit être partagé par l’ensemble des acteurs institutionnels autour de cette question. L’Etat, les collectivités locales, les associations de consommateurs, les professionnels, chacun a sa part de responsabilité dans cette tâche. En ce sens, on peut prendre exemple sur les sessions de sensibilisation et de formation que l’AMEE réalise selon un programme préétabli qui se traduisent par la réalisation et la diffusion de plusieurs guides notamment sur l’éclairage, sur les techniques et les pratiques de la mise en place des matériaux d’isolation, mais aussi sur la programmation, la gestion des équipements énergétiques dans le bâtiment et des projets pilotes de démonstration. L’exemple de campagne de sensibilisation et de formation du projet de mosquée verte pilotée par l’AMEE, est un des exemples les plus parlants.

CFC Mag: Selon vous, en quoi les Smart grids contribuentils à l’efficacité énergétique?

SJ: Les Smart grids sont une des clés pour rendre possible les actions d’efficacité énergétique. Le recours aux technologies de l’information et de la communication permet de mettre en place des réseaux de données et des réseaux d’électricité intégrés, dotés de nouvelles fonctionnalités. Ainsi, une gestion intelligente des réseaux peut par exemple équilibrer la production irrégulière d’électricité renouvelable avec la consommation d’électricité et en même temps, optimiser le coût global du système électrique, maîtriser la facture énergétique, favoriser le développement de la mobilité électrique (points de recharge pour les véhicules électriques) et aussi renforcer la résilience de la ville.

CFC Mag: Quel avenir pour les Smart Grids au sein de ce pays qui se veut meneur régional de la transition énergétique?

SJ: Le secteur du bâtiment possède aujourd’hui le plus fort potentiel d’amélioration de l’efficacité énergétique. Il est également l’un des plus grands responsables des émissions de CO2. Réduire la consommation énergétique dans les bâtiments représente donc un enjeu économique et écologique majeur. Et c’est en ce sens que les Smart Grids devront contribuer à la mise en œuvre de la politique énergétique nationale qui ambitionne d’atteindre 15% d’économie d’énergie via les mesures d’efficacité énergétique à l’horizon 2030 et faire du Maroc un leader continental et mondial de l’efficacité énergétique.

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