dimanche , 9 décembre 2018
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Interview avec Monsieur Philippe Simonis conseiller technique principal DKTI (L’initiative Allemande pour les technologies Favorables au Climat)

Interview avec Monsieur Philippe Simonis conseiller technique principal DKTI (L’initiative Allemande pour les technologies Favorables au Climat)

«La règlementation thermique de construction au Maroc est un pas important franchi par le Maroc qui dénote de sa volonté de renforcer la cohérence entre sa stratégie Energies renouvelables et sa politique d’efficacité énergétique».

Dans un contexte où la consommation d’énergie est devenue une question pressante, le Maroc a su prendre les devants grâce à une politique énergétique consciencieuse. Aujourd’hui, l’Efficacité Energétique se profille de jour en jour comme indicateur incontournable de qualité. Dans le domaine du bâti, elle est aujourd’hui un critère fondamental d’intelligence économique. Monsieur Philippe Simonis revient, dans cet entretien, sur l’appui et l’accompagnement de la GIZ vis-à-vis de la volonté marocaine de faire de l’Efficacité Energétique non plus un idéal mais une réalité tangible.

CFC Mag: L’efficacité énergétique représente pour le royaume un pilier fondamental dans sa politique environnementale. Comment la GIZ compte-t-elle accompagner cette volonté?

Philippe Simonis: L’Efficacité Energétique (EE) constitue un créneau important pour assurer la compétitivité, développer des marchés, créer de l’emploi, et ré- duire la dépendance énergétique du Maroc. Les orientations stratégiques nationales et le projet de feuille de route de l’EE ainsi que l’engagement climatique du Maroc (NDC), ont créé une forte dynamique au niveau des acteurs principaux, mais également auprès d’autres Ministères sectoriels ainsi que du secteur bancaire qui s’intéressent de plus en plus à l’EE.

La GIZ vient en appui à cette dynamique, notamment à travers le projet de coopération maroco-allemande DKTI IV «L’initiative allemande pour les technologies favorables au climat ». Notre projet vise à renforcer les capacités des institutions, des entreprises, de la formation et de la recherche ainsi que le cadre réglementaire pour l’opérationnalisation du volet Efficacité Énergétique de la Stratégie Nationale de l’Energie dans les secteurs transport, industrie et bâtiment, 3 principaux secteurs analysés par les États Généraux de l’EE.

L’approche de ce projet se concentre au niveau Macro sur un appui institutionnel dans la mise en œuvre des outils de gouvernance, de coordination des acteurs, de suivi et de sensibilisation, sur la Formation des cadres des institutions publiques chargées de l’opérationnalisation du volet EE de la Stratégie Nationale de l‘Energie.

Au niveau Micro, le projet soutient le secteur privé et la création du marché à travers la conception et l’appui à la réalisation de projets pilotes EE, afin de démontrer la faisabilité technique et économique des concepts EE dans les secteurs prioritaires : transport, industrie et bâtiment.

Il soutient également l’IFMEREE de Tanger, en capitalisant sur l’expérience réussie d’Oujda. Un appui qui vise le développement de la formation initiale pour des techniciens spécialisés en EE industrielle, et de la formation continue, au profit d’industriels, chauffeurs, ingénieurs et architectes.

Une continuité logique de cette approche est le volet Recherche, ce lien entre le secteur privé et les chercheurs, à travers le développement de projets de recherche intégrés et innovants. Mais également l’appui ciblé aux plateformes de test sur l’EE, telles que la Green Building Park, pilotée et gérée par l’IRESEN.

CFC Mag: Vous avez signé une convention pour plus d’efficacité énergétique dans le bâti avec l’ordre des architectes du Maroc. Pourquoi est-ce que vous avez choisi les architectes comme cible interlocutrice eu égard à la multiplicité des acteurs du domaine?

PS: Le Maroc a adopté une rè- glementation thermique des constructions (RTCM) en 2014 qui a pour objectif d’inscrire progressivement le secteur du bâ- timent sur la voie de la sobriété énergétique tout en mettant l’accent sur le confort thermique des usagers des bâtiments. Cette règlementation, qui concerne les nouveaux bâtiments, est un pas important franchi par le Maroc qui dénote de sa volonté de renforcer la cohérence entre sa straté- gie Energies renouvelables et sa politique d’efficacité énergétique.

Néanmoins, cette réglementation, entrée en vigueur le 6 novembre 2015, n’est à ce jour que partiellement appliquée. Parmi les causes récurrentes de cette situation, figure le manque de formation des professionnels du bâtiment. Ainsi, l’application effective de la RTCM reste tributaire de la capacité de ces professionnels à l’intégrer dans leurs interventions respectives sur la chaine de valeur d’un bâtiment.

«L’architecte, étant au centre des décisions de tout projet de construction, représente par conséquent la pierre angulaire du changement des pratiques constructives voulu par la RTCM».

C’est pourquoi, nous avons ré- pondu favorablement à la demande de l’ordre national des architectes de les appuyer avec les autres structures en charge de l’EE. Ainsi, l’investissement dans le renforcement des capacités de tous les architectes du Maroc dans le domaine de la règlementation thermique des bâtiments s’avère à la fois nécessaire et urgent. Il permettra de toucher à la fois les architectes du secteur public (Agences urbaines, Ministères, Collectivités Territoriales,…) qui sont souvent impliqués dans le processus d’instruction des demandes d’autorisation des projets de construction et de contrôle de conformité à la règlementation en vigueur ainsi que les architectes du secteur privé qui agissent à plusieurs niveaux du cycle de vie des projets de construction (conception architecturale, maîtrise d’œuvre, promotion immobilière…). Nous sommes conscients qu’il s’agira ensuite de former les autres corps de métier intervenant dans le bâtiment.

CFC Mag: Quels objectifs comptez-vous atteindre à travers cette campagne de formation sur la RTCM, dédiée aux architectes ?

PS: Le Conseil National de l’Ordre des Architectes (CNOA) a développé une approche systématique pour former l’ensemble des architectes du pays en se basant sur l’expérience des principaux acteurs notamment l’Agence Marocaine sur l’Efficacité Energé- tique (AMEE) et l’Ecole Nationale d’Architecture (ENA) qui ont déjà entrepris depuis l’adoption de la RTCM une série de formation pour les architectes et les ingé- nieurs. Nous appuierons cette approche.

Le programme de formation du CNOA vise l’uniformisation des bases de connaissances des architectes sur la RTCM et sa mise en œuvre. Il leur permettra d’acquérir ou de renforcer plusieurs de leurs compétences telles que :

•La maîtrise des fondamentaux, des principes et des exigences de la RTCM.

•La maîtrise des techniques de prise en compte de la RTCM depuis la phase de conception des projets jusqu’à leur réalisation.

•La maîtrise du processus de vérification de la conformité des projets à la RTCM.

Nous veillerons à impliquer au maximum des architectes comme formateurs, ce qui facilitera le dialogue avec les architectes des différentes régions du pays.

CFC Mag: Les équipements CVC (HVAC) sont connus pour leur caractère énergivore dans le bâtiment, un point qui sera abordé lors du Congrès International du Froid de l’Air conditionné et du Chauffage (CIFAC), à un moment où le changement climatique n’est plus une chimère : quel message souhaiteriezvous adresser à l’ensemble des participants de cette rencontre?

PS: Dans le secteur du bâtiment, la généralisation des enveloppes efficaces pour les nouveaux bâ- timents, à l’horizon 2030, sera une mesure essentielle pour le développement du marché après l’adoption du Règlement thermique des Constructions au Maroc (RTCM). Pour opérationnaliser l’application de cette loi, beaucoup de progrès ont été réalisés ces dernières années. Notons en particulier, la validation technique du volet actif de la réglementation thermique, relatif aux performances énergétiques minimales des systèmes CVC.

«Le marché CVC en luimême est de plus en plus important, avec une augmentation de la demande due à l’augmentation de la population, au changement de style de vie et d’habitat, mais aussi au changement climatique qui affecte le pays».

Le message est de s’orienter vers les nouvelles technologies via l’innovation qui joue un rôle très important, avec la généralisation de nouvelles technologies de climatisation (par ex Inverter) permettant de réaliser des économies importantes d’énergie sans oublier les autres aspects innovateurs liés aux systèmes de purification et de filtration d’air.

Tout cela permettra d’optimiser les consommations des postes énergivores dans le bâtiment, dé- velopper le marché local du CVC donc créer des emplois et amé- liorer le confort des occupants de ces bâtiments.

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