dimanche , 9 décembre 2018
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Bâtiment & Environnement: de la nécessité d’une vision de durabilité dans le bâti!

Bâtiment & Environnement: de la nécessité d’une vision de durabilité dans le bâti!

Dans l’objectif de mettre en place une stratégie nationale visant à insuffer une certaine dynamique à la flière du bâtiment, des discussions seront entamées prochainement. Pour ce faire, les résultats de l’étude sur la construction durable menée par le cluster EMC ont été présentés le jeudi 28 Septembre 2017 à Casablanca, en marge de la cérémonie de remise des Green Solutions Awards. Ces derniers seront diffusés auprès de tous les professionnels du bâtiment marocain.

D’aucuns disent que c’est une première au Maroc, d’autres le qualifient de visionnaire et de courageux, en tout cas le principe reste le même: le cluster Efficacité énergétique des Matériaux de Construction (EMC) a innové par son étude menée sur le thème de la construction durable. Cette dernière s’est focalisée sur le positionnement de la filière de la construction durable dans le secteur du bâtiment. Présentés à Casablanca, en marge de la cérémonie de remise des Green Solutions Awards qui ont connu la consécration de Faubourgs d’Anfa, Sol House Taghazout Bay et l’Eco-cité Zenata, les résultats de l’étude ont séduit toute l’assistance de par sa pertinence.

Menée sur la période 2009-2015, cette étude a été confiée au Bureau Veritas Maroc et s’inscrit dans la perspective de la mise en œuvre du plan d’efficacité énergétique visant à réduire la consommation d’énergie dans le secteur du bâtiment de 20% à l’horizon 2030. Selon Rachid NAANANI, Président du cluster EMC, l’étude a su lever le voile sur les perspectives de la filière de la construction durable au Maroc ainsi que les possibilités de développement de solutions constructives d’efficacité énergétique. Dans l’objectif ambitieux d’aider les professionnels à anticiper les exigences du marché du bâtiment et à mieux répondre aux normes de confort qui se mettent progressivement en place dans le royaume, les résultats de cette étude seront dans un avenir proche largement diffusés auprès des opé- rateurs.

Une étude complète, pertinente et encore…

Il est important de rappeler que cette étude a été menée auprès d’un échantillon de 1.200 professionnels du bâtiment répartis sur tout le territoire national, parmi lesquels des architectes, des promoteurs immobiliers, des entreprises de travaux, des bureaux d’études et des laboratoires de contrôle. Elle s’est dé- roulée suivant un canevas composé de trois parties distinctes. La première partie portait sur la définition de la construction durable, son intérêt et ses étapes tandis que la deuxième partie s’est intéressée à l’état des lieux de la construction durable à l’échelle internationale avec un benchmark des acteurs, labels & normes, stratégies, matériaux et système énergétique. Enfin la troisième et dernière sur l’état des lieux de la construction durable à l’échelle nationale avec des études de cas, une liste des normes et labels marocains existants, une présentation du cadre réglementaire de la construction et l’énergie au Maroc.

Le Maroc sur la voie de l’écoconstruction, mais il reste beaucoup à faire

Les résultats de l’étude montrent que la construction durable n’est pas un nouveau mot dans le référentiel marocain. D’ailleurs, au niveau institutionnel, le Royaume a déjà balisé le terrain en mettant en place des organismes tels que le Moroccan Green Building Council, l’Agence Marocaine de l’Effi- cacité Énergétique (AMEE), l’Alliance Marocaine pour le Climat et le Développement Durable (AMCDD), le cluster EMC, l’Association «Pour un Maroc Vert», le Centre méditerranéen pour l’environnement et le développement (CMED) et la plateforme Construction21. Concernant les normes et la réglementation, l’IMANOR (Institut marocain de normalisation) a conçu, depuis 2009, plusieurs normes relatives aux matériaux de construction. A titre illustratif, la norme 10.1.008 sur les spécifications techniques du béton durable a été un appel clair à l’innovation pour certains fabricants locaux. Pour sa part, l’AMEE a mis en place le RTCM (Règlement thermique de la construction au Maroc) en plus d’un logiciel dénommé Binayate pour en faciliter l’application par les professionnels. Au niveau des initiatives, il y a également de plus en plus de réalisations qui se font au Maroc suivant le respect des exigences de la construction durable. Pour illustrer, nous pouvons rappeler le Logement à énergie positive (LEP) porté par cluster EMC, le projet de mosquées vertes, lancé par le ministère des Habous et des affaires islamiques, en partenariat avec la GIZ. Egalement, la mise en place d’une réglementation acoustique confiée au LPEE (Laboratoire Public d’Essais et d’Études) ar le ministère de l’Habitat, l’étude de mise en place d’un laboratoire d’essais et d’études sur les matériaux de construction effectuée par l’ADEME (Agence Française de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) pour le compte de l’AMEE… pour ne citer que celles-ci. Pour résumer, il est à retenir que parmi les projets recensés dans la construction durable au Maroc, 33% relèvent du résidentiel, 20% de l’hôtellerie, 17% de bureaux, 7% de projets urbains, 6% d’établissements scolaires.

Des résultats qui en disent long…

Suite à l’administration du questionnaire, 70% des entreprises ayant répondu pensent que la construction durable est une nécessité, contre 30% qui persistent à croire que c’est plutôt un choix. Près de 72% des bureaux d’études affirment qu’ils ont déjà opté pour une conception durable dans leurs projets. Près de 90% de ces bureaux d’études déclarent également utiliser les réglementations et normes relatives à la construction durable dans leurs projets. 90% d’entre eux mènent parfois des études de l’impact environnemental de leurs projets et seulement 5% le font systématiquement. Seuls 25% des BET ayant répondu cherchent toujours des solutions pour réduire la facture énergétique de l’utilisateur final du bâti.

Du côté des laboratoires de contrôle, 55% d’entre eux affirment que la consommation énergétique prévue pour une construction ne fait pas l’objet d’un contrôle. Seules les dispositions techniques de l’installation des systèmes CVC et décrites par les normes telles que l’ASHRAE et les normes françaises, sont contrôlées. Plus de 91% pensent que c’est parce qu’il n’est pas encore pénalisant que le Règlement thermique de la construction au Maroc n’est toujours pas appliqué dans l’ensemble des projets.

S’agissant des entreprises de travaux, 65% d’entre elles dé- clarent qu’elles utilisent des matériaux sains et qu’ils le font dans la plupart des cas pour se conformer aux marques des matériaux de construction spé- cifiées par le maître d’ouvrage. 60% d’entre elles ont déclaré avoir réalisé des projets qui ont été certifiés HQE ou LEED. Et 80% de ce groupe d’opérateurs trouvent que les démarches environnementales (amélioration de la qualité des travaux, de la sécurité, etc…) améliorent la qualité des travaux même si elles les retardent.

Concernant les promoteurs immobiliers, la plupart d’entre eux affirment que la qualité des travaux de finition figure en premier degré parmi les critères de choix d’un logement. Tous affirment cependant qu’ils n’ont jamais fait une étude d’impact environnemental de leurs projets parce qu’ils ignorent l’utilité d’une telle étude. Par ailleurs, peu d’entre eux s’investissent dans les systèmes de certification qu’ils voient plutôt comme une entrave à leurs activités. Malgré tout, 50% des promoteurs se disent disposés à construire dans l’avenir des bâtiments durables pour bien agir envers l’environnement. Il est ressorti de cette étude que la construction durable occupe une place très faible dans le secteur du bâtiment au Maroc. E

n effet, seuls 25% des maîtres d’ouvrage acceptent des solutions d’efficacité énergétique proposées par les concepteurs. Aussi pour inverser la vapeur et insuffler une dynamique à cette filière très porteuse à long terme, l’étude recommande d’une part, de continuer à agir sur sept (7) volets: la réglementation et normalisation; l’échange, la sensibilisation et l’information; la recherche & développement; l’accompagnement et le développement des compétences; l’élargissement du réseau d’ONG; la multiplication des lignes de financement et la promotion de partenariats. Et d’autre part de réfléchir à la mise en place d’une stratégie nationale sur la construction durable.

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